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Yann TREGOUËT
2004 - Itinéraires
Réalisation Christophe Otzenberger

 

2004 - Itinéraires (ex-L'aspirine) - Réalisation Christophe Otzenberger

Tournage prévu à partir du 20-9-04 à Petit Fort Philippe - Budget 1,91 million d'euros - Scénario Christophe Otzenberger, Roger Bohbot, Vincent Hirsch / Vincent Campion - Directeur photo Nicolas Guicheteau - Son Dana Farzanehpour - Décor Guy Hakim - Montage Bernard sasia - Mixage Olivier Dô Hùù / Montage son Anna Riche - Musique Franck II Louise - Assistants réalisateur Benjamin Blanc, Alexandre Billon - Couleur, visa 111 383 - Production Agat Films, Ex Nihilo, Ciné Classic - Direction de production Marie-Frédérique Lauriot dit Prévost - Producteur Patrick Sobelman - Distribution Cine Classic - Sortie France 22-2-2006

Film présenté en avant-première au XXIè Festival du Film Francophone de Namur le 26-9-2005.

Le film a obtenu le Bayard d'Or de la Meilleure Composition Musicale décerné à Franck II Louise pour sa composition musicale dans "Itinéraires".

Liens web : Bande annonce 01 - Extrait du film 01 - Extrait du film 02 - Toutes les vidéos de Yann Trégouët - La fiche de Ciné Classics

Télécharger le dossier de presse.

 

Avec Yann Tregouët (Thierry Chartier), Céline Cuignet (Sandrine Chougny), Lionel Abelanski (Maître Campion, l'avocat de Thierry), Gérald Thomassin (Rouillé), Myriam Boyer (Madame Chougny, la mère de Sandrine), Jacques Bonnaffé (le commandant de police Amado), Hélène Vincent (Denise Chartier, la mère de Thierry), Patrick Descamps (Gérard Fontaine), Jacques Spiesser (Guy Chartier, le père de Thierry), Jenny Clève (la grand-mère)

Le sujet : Suite à une procédure d'éloignement judiciaire exigée par son père, Thierry Chartier, 18 ans, vit chez sa grand-mère dans petit village du Nord de la France. Il travaille dans les champs et se verrait bien reprendre la ferme. Pour améliorer l'ordinaire, Thierry et son ami Rouillé - le paria du village - volent, pour le compte de restaurateurs, de la viande dans l'abattoir alentour. Un soir, en l'absence de Rouillé, Thierry libère tous les porcelets enclavés. S'il cache son forfait à son complice, la nouvelle se répand vite dans le canton. Un de leurs clients en profite et tente de les arnaquer. Rouillé perd la tête, Thierry ne peut l'arrêter. Rouillé abat le restaurateur. Après cinq ans de réclusion criminelle pour complicité de meurtre, Thierry, muni d'un diplôme d'anglais, d'un tatouage supplémentaire et d'une culpabilité à jamais ancrée, peut bénéficier d'une liberté conditionnelle s'il retourne vivre chez ses parents. Il travaille sur les marchés, devient la mascotte des routiers, quand l'adversité le rattrape. Il est témoin d'un meurtre. Le commandant de police en charge de l'affaire l'accuse. Si Thierry se révolte contre l'évidence, sa seule lutte possible est la cavale. Il échoue dans une petite station balnéaire où il croise la route de Gérard Fontaine, un cafetier qui ne veut rien savoir...


Patrick Descamps et Yann Trégouët

L'avis de Yann Trégouët :

"Après Autrement, c'est le deuxième film que vous tournez avec Christophe Otzenberger...

Il y a une complicité et une continuité de travail entre nous. Les sujets qu'il aborde dans ses films me touchent beaucoup et me font réagir. Et j'aime cette façon de travailler. J'ai besoin de m'impliquer, d'être sincère, et de sentir l'authenticité du metteur en scène. Depuis Autrement, je sais que l'on partage avec Christophe les mêmes inquiétudes. Comment vivre dans ce monde... J'espère que les spectateurs vont se sentir concernés par le film...

De quelle façon ? Je crois que le cinéma peut susciter des émotions et entraîner une réflexion. Vivre avec Thierry la solitude de sa cavale, le froid, la méfiance dans le regard des autres... Ça nous oblige à regarder en face des choses difficiles que l'on a parfois tendance à ignorer.

Thierry est-il un marginal ? Non, mais on le pousse à le devenir. A ses côtés, on a l'impression d'être en permanence en garde à vue. Le sentiment le plus fort, c'est peut-être l'abandon. Thierry cesse de faire partie du monde pour être mis au ban de la société. Je crois que beaucoup de gens ont ce rapport à la vie, l'impression d'être seuls, de se perdre. De se perdre dans la vie, de se perdre soi-même. On juge Thierry, on le condamne d'avance et sa vie ne lui appartient plus. On ne lui laisse aucune possibilité de vivre. Il devient un autre.

Le film raconte comment il réagit pour, justement, ne plus subir... Oui, et c'est pour ça que Itinéraires m'est important. C'est aussi un film engagé, cohérent avec ce que je recherche, ce que je suis. Ce film peut avoir un effet positif car on ressent ce qu'est la difficulté pour Thierry de vivre au quotidien. Les spectateurs partagent la vie d'un homme que, dans la réalité, ils pourraient critiquer ou juger d'emblée. Ce que réussit le film, c'est à nous rendre plus attentifs aux autres. C'est, pour moi, un film très humain, un film sensible, fragile et sincère. Il n'y a pas de leçon, plutôt un constat, un regard sur le monde.

Quel constat ? Il faut respecter la vie, la vie de chacun. Le mécanisme judiciaire qui se déclenche autour de Thierry ne tient jamais compte de lui, de ce qu'il est vraiment. On comprend que la fuite de Thierry raconte déjà son rapport difficile avec ses parents. Au départ, c'est la vie qui le fuit. On lui enlève pro-gressivement tout, ses parents, ses amis, sa liberté. Tout s'égrène et il ne reste plus rien. C'est comme s'il était mort avant l'heure. On le conditionne pour subir. Il sait que sa vie lui échappe.

Et les "itinéraires" ? Ce sont entre autres les cheminements de Thierry, les voies qu'il emprunte pour lutter. Bien qu'il subisse beaucoup, il se bat. En premier lieu contre lui-même. Il s'en veut, même s'il ne devrait pas. Non seulement de la mort du restaurateur, mais de ses impossibles rapports avec ses parents, avec les femmes... Parmi ses itinéraires, il y a celui qui doit le conduire à accepter ce qu'il est ... Et puis les itinéraires croisant la route du flic, mais aussi celui de Sandrine et de Fontaine... Il les fait tous dévier de leurs trajectoires... La vie de l'un a une incidence sur celles des autres, ce sont des itinéraires qui se croisent, s'influencent...

Thierry, c'est un rôle à fleur de peau... Oui, et ça me convient. Je m'approprie les rôles. À l'arrivée, il y a toujours une partie de moi, sincère. C'est plus fort quand la rencontre avec le réalisateur est aussi évidente qu'avec Christophe. Notre travail a évolué depuis Autrement, car je l'avais rencontré le projet étant déjà écrit. Pour Itinéraires, j'ai eu la chance d'être présent dès l'écriture, je me suis investi très tôt. J'ai été habité par cette histoire longtemps, j'ai cherché en moi les correspondances avec Thierry. Pour l'interpréter, il fallait que je le comprenne intimement. Thierry s'est nourri de facettes de ma personnalité et de ma vie. C'est un personnage qui me bouleverse parce qu'il est une boule d'émotion. C'est la seule chose qui lui reste et c'est ce qui fait sa fragilité".

Remarques : * Christophe Otzenberger nominé pour le Grand Prix des Amériques au Festival du Film Mondial de Montréal.
* Philippe Torreton, Mathieu Amalric, Jean-Paul Roussillon, Ariane Ascaride, Clovis Cornillac devaient faire partie de la distribution, à l'origine du projet.
* Yann Tregouët et Céline Cuignet avaient déjà tourné sous la direction de Christophe Otzenberger dans Autrement en 2001.
* Que ceux qui ont l'oeil aiguisé retrouvent Christophe Otzenberger dans le film "Liste noire" (1984, avec Annie Girardot) !

 

La critique : * Le Monde du mercredi 22-2-2006 (critique de J.-L. Douin - Lien web)

Le brave type pris dans un engrenage infernal, l'innocent traqué que des apparences trompeuses enlisent dans l'irrémédiable fatalité du hors-la-loi : écrit ou filmé, ce schéma a fait la gloire du thriller américain. On le retrouve ici, dépouillé de tout romantisme, de tout lyrisme, de toute mythomanie. Entre polar et documentaire, Itinéraires brouille les critères, gomme toute tentation de transformer une cavale en cauchemar spectral, renoue avec une école qui mixe réalisme et romanesque. Christophe Otzenberger signe en quelque sorte une fausse fiction sur un vécu vrai.

Thierry Chartier, 18 ans, est-il un délinquant ? Tout le film scande l'inverse, en adoptant le point de vue de ce villageois du nord de la France. Le tort de ce gamin est d'avoir un copain qui le mêle à ses vols, et de vivre au milieu d'adultes qui donnent l'exemple de l'illégalité, à l'image de ce restaurateur qui encourage les compères à dérober de la viande à l'abattoir. Un enchaînement de faits, a priori dérisoires, place Thierry aux premières loges la nuit où son complice abat le restaurateur d'un coup de carabine. Il purge cinq ans de réclusion, et compte sur sa liberté conditionnelle pour refaire sa vie proprement. Mais l'adversité le rattrape : témoin d'un crime sur un parking de routiers, il est encore une fois là où il n'aurait pas dû être. Son casier judiciaire plaide contre lui.

L'ADHÉSION DU SPECTATEUR

Un plan, récurrent, le montre figé, le regard fixe, devant ce cadavre qui, à cause de son passé, va signer son arrêt de mort. Cette scène, et surtout ce regard, surgit comme une malédiction pour le jeune homme en phase de rédemption, et agit sur Itinéraires comme un passeport pour une identification du spectateur au fuyard, à sa révolte, sa rébellion. Ce beau plan est dérangeant, car il induit que le "héros" commence à douter des institutions, et il signifie l'adhésion du spectateur à sa cavale, son refus d'être jugé par des gens qui ne sont pas capables d'innocenter un faux coupable. Ainsi qu'au personnage de l'avocat, que sa passion de la justice pousse à protéger son client d'un policier têtu, et que ses doutes sur la façon dont la justice s'exerce amènent à lui conseiller de ne pas se livrer.

Itinéraires est un noir réquisitoire contre des pères défaillants, une société qui peine à montrer des modèles, des repères. Thierry subit un père si mal dans sa peau, si incapable de communiquer, qu'il dérape et sombre dans les excès de l'alcoolisme. Thierry se méfie même de ce cafetier bonhomme qui l'héberge... En fait, il ne se méfie pas assez des adultes, de la boulangère qui arnaque l'étranger, de tous ces gens qui font de petits arrangements avec la morale.

Thierry est condamné, poursuivi par un policier obsessionnel (très bon Jacques Bonnaffé), lâché par des parents trop froussards, par une amoureuse peu empressée de vivre avec un ennemi public. Ce film poignant colle à la solitude de ce jeune homme aux aguets, contraint à la marginalité, en larmes devant la tombe de sa grand-mère, et que Yann Trégouët habite magnifiquement.

Fin documentariste, habitué à dépeindre le désarroi des adolescents, l'impasse où se débattent miséreux et sans-logis, et privilégiant l'humanité de ses personnages plutôt que toute action spectaculaire, Christophe Otzenberger trouve ici une force d'évocation de la douleur intériorisée qui rappelle les fresques de Pialat ou Le Petit Criminel de Doillon. Pourchassé comme un animal, creusant la terre pour s'y coucher, son héros sans issue n'a plus qu'à rabâcher cette devinette populaire : "L'aspirine, comment il sait où ça fait mal ? - Il se démerde !"

 

La critique du Figaro -

La critique du Monde - Article paru dans l'édition du 22.02.06 : "Itinéraires" : la cavale d'un innocent en mal de père et de repères

Le brave type pris dans un engrenage infernal, l'innocent traqué que des apparences trompeuses enlisent dans l'irrémédiable fatalité du hors-la-loi : écrit ou filmé, ce schéma a fait la gloire du thriller américain.

On le retrouve ici, dépouillé de tout romantisme, de tout lyrisme, de toute mythomanie. Entre polar et documentaire, Itinéraires brouille les critères, gomme toute tentation de transformer une cavale en cauchemar spectral, renoue avec une école qui mixe réalisme et romanesque. Christophe Otzenberger signe en quelque sorte une fausse fiction sur un vécu vrai.

Thierry Chartier, 18 ans, est-il un délinquant ? Tout le film scande l'inverse, en adoptant le point de vue de ce villageois du nord de la France. Le tort de ce gamin est d'avoir un copain qui le mêle à ses vols, et de vivre au milieu d'adultes qui donnent l'exemple de l'illégalité, à l'image de ce restaurateur qui encourage les compères à dérober de la viande à l'abattoir.

Un enchaînement de faits, a priori dérisoires, place Thierry aux premières loges la nuit où son complice abat le restaurateur d'un coup de carabine. Il purge cinq ans de réclusion, et compte sur sa liberté conditionnelle pour refaire sa vie proprement. Mais l'adversité le rattrape : témoin d'un crime sur un parking de routiers, il est encore une fois là où il n'aurait pas dû être. Son casier judiciaire plaide contre lui.

L'ADHÉSION DU SPECTATEUR

Un plan, récurrent, le montre figé, le regard fixe, devant ce cadavre qui, à cause de son passé, va signer son arrêt de mort. Cette scène, et surtout ce regard, surgit comme une malédiction pour le jeune homme en phase de rédemption, et agit sur Itinéraires comme un passeport pour une identification du spectateur au fuyard, à sa révolte, sa rébellion.

Ce beau plan est dérangeant, car il induit que le "héros" commence à douter des institutions, et il signifie l'adhésion du spectateur à sa cavale, son refus d'être jugé par des gens qui ne sont pas capables d'innocenter un faux coupable. Ainsi qu'au personnage de l'avocat, que sa passion de la justice pousse à protéger son client d'un policier têtu, et que ses doutes sur la façon dont la justice s'exerce amènent à lui conseiller de ne pas se livrer.

Itinéraires est un noir réquisitoire contre des pères défaillants, une société qui peine à montrer des modèles, des repères. Thierry subit un père si mal dans sa peau, si incapable de communiquer, qu'il dérape et sombre dans les excès de l'alcoolisme. Thierry se méfie même de ce cafetier bonhomme qui l'héberge... En fait, il ne se méfie pas assez des adultes, de la boulangère qui arnaque l'étranger, de tous ces gens qui font de petits arrangements avec la morale.

Thierry est condamné, poursuivi par un policier obsessionnel (très bon Jacques Bonnaffé), lâché par des parents trop froussards, par une amoureuse peu empressée de vivre avec un ennemi public. Ce film poignant colle à la solitude de ce jeune homme aux aguets, contraint à la marginalité, en larmes devant la tombe de sa grand-mère, et que Yann Trégouët habite magnifiquement.

Fin documentariste, habitué à dépeindre le désarroi des adolescents, l'impasse où se débattent miséreux et sans-logis, et privilégiant l'humanité de ses personnages plutôt que toute action spectaculaire, Christophe Otzenberger trouve ici une force d'évocation de la douleur intériorisée qui rappelle les fresques de Pialat ou Le Petit Criminel de Doillon.

Pourchassé comme un animal, creusant la terre pour s'y coucher, son héros sans issue n'a plus qu'à rabâcher cette devinette populaire : "L'aspirine, comment il sait où ça fait mal ? - Il se démerde !"

Film français de Christophe Otzenberger avec Yann Trégouët, Jacques Bonnaffé, Céline Cuignet. (1 h 40.)

Jean-Luc Douin

La critique : * La critique des Echos - Le remarquable premier film de fiction du documentariste Christophe Otzenberger, « Itinéraires », parle de l'ivresse du pouvoir : celle d'un juge trop plein de certitudes qui s'obstine à accuser, à tort, un jeune homme de meurtre et le condamne ainsi à une cavale sans espoir. Un ton sobre, juste, un interprète attachant (Yann Tregouët), une bonne surprise. Annie Coppermann ( La rédaction web des Echos - 24 février 2006)

 

Le DVD : Sorti le 20-11-07 chez Arcade Vidéo

La critique de dvdrama.com :

- L'image : Film réaliste, Itinéraires n'est pas pour autant un documentaire. L'image, à défaut d'être spectaculaire, est extrêmement soignée, avec une utilisation des gammes de verts et de gris qui renforce le malaise ambiant. Le rendu du DVD, à ce propos, est particulièrement fidèle. On retrouve le climat triste et oppressant du Nord de la France, très bien restitué par une numérisation soignée et un étalonnage très équilibré.

- Le son : Itinéraires n'est pas un film à effets. Le son est donc traité de façon assez réaliste dans le film et sa restitution sur le DVD n'appelle aucune remarque désobligeante. L'ensemble est clair, avec une ambiance générale harmonieuse qui rend compte du travail effectué sur le film.

- L'interactivité : L'édition est soignée, avec en particulier une intéressante discussion entre le réalisateur et trois de ses comédiens qui reviennent sur la genèse du film et la façon dont chacun s'est impliqué dans le projet. On retiendra aussi l'intervention de Patrick Sobelman, producteur du film, qui raconte sa rencontre avec Christophe Otzenberger.

- Bonus : Making of photos (33')
Séquences commentées par Yann Tregouët
Rencontre entre Claude Duty et Christophe Otzenberger (12')
Entretien avec le producteur Patrick Sobelman (8')
Echange entre Christophe Otzenberger les comédiens du film (14')



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